dimanche 15 janvier 2017

10 livres qui m'ont marquée

Image empruntée ici
Alors, à l'invitation de Clete Purcell, de l'excellent Nyctalopes, les 10 livres qui m’ont marquée… C’est parti.

Je commence par des lectures faites ado, entre 13 et 16 ans.

1. Jane Eyre de Charlotte Brontë, lu à 14 ans, dans un vieil exemplaire pourri emprunté à je ne sais qui. J’ai pleuré, nom de Dieu, en lisant ce roman, et je le signale parce que ça ne m’arrive pas souvent. Je suis plutôt du genre à lever un sourcil agacé quand la mère de Bambi meurt. J’ai relu ce roman deux fois depuis, sans pleurer, mais j’aime toujours autant.
2. Toujours ado, et je n’épiloguerai pas parce que j’en ai maintes fois parlé, je suis entrée en littérature avec Quartier perdu de Patrick Modiano. J’avais 13 ou 14 ans, et ce roman m’a bouleversée. C’est le livre que j’ai le plus relu, et j’en retrouve toujours la magie. Modiano est l’un de mes auteurs préférés, mais ça, vous aviez remarqué, je pense.
3. Quand j’étais au lycée, j’ai lu pour la première fois Voyage au bout de la nuit de Céline. C’est une lecture qui m’a secouée, ça c’est sûr. Je l’ai relu étudiante, deux fois (parce que je l’ai étudié deux fois durant mes études de lettres). A chaque fois la relecture a été différente. La première fois c’était le choc : la vision du monde tragique, désenchantée, et la langue, je n’avais jamais lu ça. La deuxième fois c’était l’humour. Oui, Céline me fait rire, de ce rire désespéré et noir… La troisième fois c’était tout ça à la fois et plus encore. Pour la première phrase : « Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. » Et la dernière, retour au silence : « et nous, tout qu’il emmenait, la Seine, aussi, tout, qu’on en parle plus. » (ouais, je les sais par cœur) Magistral.  
4. Maintenant je vais ma grosse frimeuse : Proust, A la recherche du temps perdu. Ouais, en entier. Un prof de français m’a fait lire en 4ème Un amour de Swann. En seconde, j’ai commencé la Recherche, et bien sûr, je n’ai pas tout lu d’un coup, j’ai lu la Recherche sur les années lycée. J’au relu depuis Du côté de chez Swann. Il y a tout chez Proust, mais il y a notamment un truc qu’on oublie parfois : un regard satirique sur la mondanité qui me poile carrément. Oui, comble du snobisme : je me marre en lisant Proust.
5. La position du tireur couché de Manchette. Je pourrais dire tout Manchette. Pour moi, c’est l’un des plus grands, et le style, nom de Zeus, le style au cordeau. Mais je cite celui-ci parce que c’est le dernier qu’il ait terminé et le premier que j’ai lu. A l’époque je vivais en Sologne, et croyez-moi, lire ce roman par une nuit désolée dans la campagne solognote, c’est une sacrée expérience. Martin Terrier me bouleverse, il y a dans ce roman une force tragique qui me sidère.
6. L’équipée malaise de Jean Echenoz. J’ai découvert Echenoz par Manchette, ben oui. Et si je cite ce roman précisément, c’est parce que quand je l’ai commencé, j’ai oublié, littéralement, pendant environ 80 pages, que c’était d’Echenoz (dont j’avais déjà lu deux ou trois romans). J’avais la conviction, je vous assure, que c’était écrit par Manchette, j'ai quasiment sursauté en refermant le livre et en voyant le nom de l'auteur. Je n’ai jamais osé le relire, de peur de ne pas revivre ça. Mais cette curieuse expérience, une sorte de quiproquo de lecture, m’a beaucoup marquée.
7. La Sirène rouge de Maurice G. Dantec. Le premier Dantec, le premier que j’ai lu. Celui qui m’emporte à tous les coups, qui me fait vibrer. Un surhomme, Toorop, une super méchante qui va mourir dans les flammes, un style épique stupéfiant, les codes du noir exhibés. J’adore.
8. Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke. C’est Pascal Dessaint qui m’a conseillé ce roman aux alentours de 2001, 2002, je ne sais plus. Je l’ai lu dans un train qui m’emmenait vers Lyon, sur la ligne Bordeaux Lyon. A l’époque le trajet était interminable et se faisait dans une micheline qui allait dans un sens, repartait dans l’autre (dans le Massif central), et c’était l’été, les sièges en skaï orange, c’était pas le top confort dans ce train non climatisé. Mais je m’en foutais. Je lisais et découvrais James Lee Burke, la beauté un peu vénéneuse des paysages du Sud, les fantômes de Robicheaux et du comédien en tournage dans le bayou. J’ai relu deux fois ce roman depuis et je l’aime toujours autant.
9. Tout Giorgio Scerbanenco, un des plus grands aussi. J’aime à la fois les romans qui mettent en scène Duca Lamberti et les nouvelles, qui vous prennent aux tripes.
10. Je ne pouvais pas finir une liste de livres qui m’ont marquée sans citer un roman qui m’a donné envie de buter son auteur. La vérité sur l’affaire Harry Québert du très primé Joël Dicker, est pour moi une bouse innommable. Tout est à mes yeux ridicule dans ce pavé, que j’ai écouté jusqu’au bout parce que je n’avais que ça : j’avais acheté le livre audio juste avant d’être opérée pour mon décollement de rétine, et il m’a tenu compagnie pendant des jours, incapable que j’étais de lire et de voir grand-chose. L’intrigue est tout ce que je déteste, avec retournements débiles à gogo, on suspecte tour à tour tout le monde, au secours. Les scènes et les dialogues sont d’une connerie abyssale, et croyez-moi, entendre le texte lu par un comédien ne laisse rien passer. La scène où le narrateur voit pour la première fois la nana, sur la plage, est l’une des plus navrantes qu’il m’ait été donné de lire. Et ce livre n’a rien d’autre à dire que des platitudes monumentales sur la vie, l’amour, l’écriture. Putain, rien de d’en reparler, je m’énerve.


Voilà voilà…

mercredi 11 janvier 2017

Les boulevards de ceinture de Patrick Modiano

Ancienne couverture de l'édition Folio

Présentation éditeur
Le narrateur part à la recherche de son père. Le voici dans un village, en bordure de la forêt de Fontainebleau, du temps de l'occupation, au milieu d'individus troubles. Qui est ce père ? Trafiquant ? Juif traqué ? Pourquoi se trouve-t-il parmi ces gens ? Jusqu'au bout le narrateur poursuivra ce père fantomatique. Avec tendresse.

Ce que j’en pense
Lire ou relire Modiano, c’est toujours un bonheur pour moi. Les boulevards de ceinture, c’est l’un des premiers romans de Modiano, et comme on connaît désormais mieux sa trajectoire et son histoire (tout est relatif), le roman prend une résonance particulière. C’est une histoire qui n’en est pas vraiment une, avec un narrateur qui cherche à connaître un père qui ne l’a pas vraiment élevé, et qui d’ailleurs ne le reconnaît pas ou feint de ne pas le reconnaître, comment savoir ?
Je retrouve ce que j’aime tant chez Modiano : cette capacité de faire surgir des fantômes, de redonner vie à des lieux parfois disparus, à des époques troubles et révolues. C’est la période de l’Occupation qui, une fois encore, est dessinée, avec sa faune étrange de magouilleurs, d’opportunistes et d’authentiques raclures, mais des raclures qui restent humaines. Ici sont évoqués des affairistes louches, des plumitifs abjects, des femmes qui se laissent porter par les évènements et les hommes. 
Le narrateur lui-même, très jeune homme, se fond dans ce paysage, approche ces types pas très clairs, essaie de se mêler à eux, mais comme son père, au fond, il reste toujours un peu en retrait, spectateur, passif, peut-être lâche. Il est pourtant bien plus lucide que son père, perpétuel naïf en quête de fortune, souffre-douleur de ces sales bonshommes. L’Occupation semble loin et pourtant les dangers qu’elle charrie sont présents à toutes les pages. J’ai lu je ne sais plus où que ce roman de jeunesse de Modiano comportait des invraisemblances : il semblait aux lecteurs impossible que le père ne reconnaisse pas son fils. Mais outre que cela reste possible (car on change parfois beaucoup à l’adolescence), qui nous dit qu’il ne le reconnaît pas ? Et le dénouement, que je ne dévoilerai pas, reste dans les mêmes eaux troubles. L’un disparaît, l’autre pas, alors même qu’ils sont tous les deux promis au pire. Nulle explication n’est donnée, nulle récit n’est fait de ce qui est advenu. C’est en cela qu’on aurait tort de voir dans Les boulevards de ceinture une manière de roman policier, comme j’ai pu le lire çà et là. Modiano en connaît certes les codes, mais c’est un leurre : il ressuscite des ombres, il ne cherche pas à tout éclairer, il n’explique rien.
Une fois de plus, je me suis laissé charmer par la petite musique de Modiano, et c’était chouette d’extirper de la PAL ce roman qui y était depuis de nombreuses années.


Patrick Modiano, Les boulevards de ceinture, Gallimard, 1978. Disponible en poche (Folio) Disponible en ebook.

samedi 7 janvier 2017

Sherlock Saison 4 Episode 1


Profitant d’un accès momentané à la BBC One, j’ai regardé ce 1er janvier le premier épisode de la quatrième saison de Sherlock. Je l’attendais avec impatience, vous pensez… J’aime énormément cette série, qui a le mérite jusqu’ici d’être à la fois très sherlockienne tout en dépoussiérant l’univers. Cependant, je dois dire que la tendance récente de la série à cultiver la référence, voire l’auto-référence me lassait un peu, et ce n’est pas le récent épisode The Abominable Bride qui pouvait me faire changer d’avis.
Avec The Six Thatchers, j’ai d’abord retrouvé ce qui m’avait tant réjoui dans les deux premières saisons : l’humour, la fidélité à l’esprit positiviste de Sherlock Holmes. Je ricanais sans retenue devant les situations et les dialogues. Et puis, patatras… Non non, je ne spoilerai pas, c’est promis. Sachez seulement que je reproche deux choses à l’épisode.
La première est sa grandiloquence feuilletonnesque, qui m’a irritée. Entre déclarations héroïques de Sherlock et pathos d’une scène certes déterminante mais assommante et prévisible, je me suis agacée, je l’avoue. La notion de destin vient parasiter un récit qui s’en passait fort bien.
La seconde est plus grave. Comme la volonté de tirer un fil narratif précédemment mis en place, autour de Mary Watson, l’emporte et amène à des développements qui me sont pénibles (voir ci-dessus), l’aspect typiquement sherlockien faiblit, et pas qu’un peu. Vous comprendrez ce que je dis en voyant l’épisode, mais cette histoire de clé USB qui sert à tracer un des personnages (chut !) n’a aucune vraisemblance : elle n’explique pas comment Sherlock arrive à destination avant ce personnage… Par-dessus le marché, nous ne saurons pas pourquoi le personnage en question débarque à cet endroit précisément l’arme à la main : pour voir qui ? pour faire quoi ? L’intrigue est bourrée de ces incohérences, et au final, cela donne un épisode qui entend donner un tour décisif aux aventures de nos héros mais qui se révèle, à mes yeux, inconsistant.
C’est donc une grosse déception, aussi grosse que mes attentes étaient grandes. Verrai-je le reste de la saison ? Oui, et j’ai déjà commandé en Angleterre les DVD de la saison. Mais pour une fois, je n’ai nulle impatience…


Sherlock, Saison 4, épisode 1, « The Six Thatchers », BBC, 2017.